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vendredi 22 janvier 2010

Intermède : étudier l'anatomie dans les livres 2/3

L'anatomie illustrée, colorée, conservée

Imperatoris medici, de humani corpis fabrica libri septem
Lyon 1, BU Santé

C’est avec
Vésale que le livre illustré d’anatomie
gagne ses lettres de noblesse. La valeur scientifique de ces représentations de corps écorchés, de squelettes y est certes pour beaucoup. La possibilité pour les étudiants de travailler ensuite à partir d’images aura jouée un rôle considérable dans l’histoire de l’enseignement médical et dans la pratique. Mais si, aujourd’hui encore, l’art et la littérature sont marqués par ce livre, c’est aussi par la richesse émotionnelle que contiennent ces gravures. On ne peut se sentir absolument étranger face à cet écorché, à ce mort si vivant les pieds bien sur terre. Les livres d’anatomie actuels ont gommé cette réflexion de la Renaissance sur la mort et la douleur et s’ils dédramatisent la mort, ils véhiculent aussi une image du corps comme objet bien éloigné du souci médical.

Gautier d'Agoty
Exposition anatomique de la structure du corps humain
Association universitaire d'anatomie et d'implantologie, 1999.
Lyon 1, BU Santé


Le travail de D’Agoty a constitué un autre grand pas dans l’histoire de l’illustration anatomique. C’est l’introduction de la couleur, dans des représentations à taille réelle, qui marque tout particulièrement le lecteur-spectateur de son « Exposition anatomique du corps humain ». Là encore, la couleur fut un élément pédagogique important ne serait-ce que par son rôle de facilitateur de la mémoire. Il semble difficile aujourd’hui d’imaginer un livre d’anatomie non coloré, mais rares sont les représentations actuelles qui nous rappellent avec une telle force notre condition de mortel. Sur le plan technique, ce livre fut tiré en impression dite de repérage, le dessin était produit sur trois planches différentes, enduites ensuite d’une des couleurs primaires. La superposition de ces planches au moment de l’impression permettait d’obtenir les couleurs complémentaires.

Crosse de l'aorte
Anatomie réalisée selon la technique d'Honoré Fragonard
Lyon 1, Musée d'anatomie

Myologie et vascularisation de la tête
Anatomie réalisée selon la technique d'Honoré Fragonard
Lyon 1, Musée d'anatomie


Le créateur de cette technique de conservation des cadavres humains à des fins pédagogiques est Honoré Fragonard.
La technique consistait à injecter dans les vaisseaux de la cire après les avoir préalablement drainés, à disséquer la pièce, à la fixer avec le l'alcool, à la sécher, puis à la vernir. Durant sa période d'exercice, il réalise plusieurs milliers de pièces qu'il ambitionne avec le soutien de Vicq D'Azyr de voir réunies au sein d'un cabinet national d'anatomie. Celui-ci ne verra jamais le jour, la plupart des spécimens sont victimes des ravages du temps et celles détenues par le Muséum national d'Histoire Naturelle de Paris sont jetées à la fin du XIXème siècle. De ce fantastique théâtre anatomique où science et recherche artistique se mêlent ne subsistent plus qu'une vingtaine d'œuvres dont le cavalier de l'apocalypse et l'homme à la mandibule conservés à Alfort. Finalement, à des fins pédagogiques se sont plutôt les cires anatomiques qui seront très utilisées.

L'hôpital : solution à l'enseignement de la médecine

Bien qu’il n’y ait pas eu d’université à Lyon avant 1877, la médecine était enseignée dans les écoles relevant des collèges de médecine et de chirurgie. En 1775, le collège de chirurgie obtient le droit de dispenser des cours et d’organiser les modalités d’obtention d’un diplôme de chirurgie non universitaire (après actes probatoires, examen public et soutenance de thèse), comme le montre le certificat ci-dessous.

Jean Rousset
Les thèses médicales soutenues à Lyon au XVIIéme et XVIIIéme siècle, et le Collége Royal de Chirurgie de 1774 à 1792
Lyon : Imprimeries Reunies, 1950.
Lyon 1, BU Santé

Face à ce certificat dans le même livre, on peut lire un texte assez révélateur de la qualité des cours très théoriques et assez élémentaires donnés dans les collèges. Il semble évident que collège ou université, ce qui permettait réellement l’acquisition de l’art médical, relevait plus de la pratique hospitalière que de l’enseignement organisé. C’est pourquoi on ne s’étonnera pas de l’importance prise par les hôpitaux dans la formation des praticiens ni de la délivrance de diplômes par ces établissements.

Jean Lacassagne
Histoire de l'internat des hôpitaux de Lyon 1520-1900
M. Audin, 1930.
Lyon 1, BU Santé

Les leçons de la clinique

Les collections artistiques de la Faculté de médecine de Paris
Masson, 1911.
Lyon 1, BU Santé

L’émergence de la clinique au XVIIIème siècle a participé, comme l’anatomie en son temps, à l’évolution de la réflexion sur l’enseignement médical. Dans l’image ci-dessus, on voit comment la leçon de médecine s’est déplacée du corps autopsié et disséqué vers le malade vivant. La clinique, associée à la biologie expérimentale, a introduit l’idée que le médecin jouait un rôle face à la maladie, et n’en était plus seulement le contemplateur quasi passif qui assistait la nature dans sa volonté de guérison ou de mort, idées hippocratiques qui ont longtemps conditionnées les comportements de soins.