Affichage des articles dont le libellé est medecine alternative. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est medecine alternative. Afficher tous les articles

vendredi 22 janvier 2010

Les médecines alternatives et l'enseignement

Méthode de médecine simplifié d'après les principes de Brown
Chez J.D. Class ; chez Amand Koeinig, 1798.

Lyon 1, BU Santé

Ce texte est assez révélateur d’une certaine crainte de la médecine de se voir mise à mal par des théories originales, mettant en péril des bases scientifiques peu solides. Il a ceci d’amusant qu’il mêle aussi bien «folie» philosophique qu’enthousiasme pour des thérapies étonnantes. Dans les vitrines qui suivent, nous allons, voir quelques unes de ces thérapies ou médecines alternatives dont le chemin a parfois coïncidé avec celui de l’enseignement médical universitaire.

"L'autre" pris comme critère scientifique


Peyrilhe Bernard Dujardin
Histoire de la chirurgie depuis son origine jusqu'à nos jours
Paris : Imprimerie Royale, 1780.
Lyon 1, BU Santé

La médecine chinoise est découverte en France par les textes de
Jésuites en mission en Orient. Il semble très clair que la médecine chinoise tout étonnante qu’elle paraissait aux voyageurs et aux médecins français, ne semble pas être remise en question en tant que médecine, même si celle-ci présente un autre rapport à la santé et à la maladie. Les deux images présentées ici illustrent une histoire de la chirurgie.

Pierre Sue
Mémoire sur l'état de la chirurgie à la Chine ; suivi d'une correspondance à ce sujet avec un missionnaire de Pékin
Société de Médecine, 1801.
Lyon 1, BU Santé

Ce texte ci-dessus relève des critères accordant à la médecine chinoise un degré de scientificité acceptable. Est principalement mis en avant, le fait que la médecine chinoise, comme la médecine hippocratique, soutient une pensée du corps harmonieux, de la circulation d’énergie…L’auteur considère ainsi que ce qui est bon dans cette médecine n’est au fond que la médecine hippocratique, malheureusement trop mal étudiée en occident. En un sens, l’enthousiasme des médecins à l’égard des médecines étrangères, tient souvent dans la possibilité qu’elles se donnent, non pas de pratiquer une autre médecine, mais de repenser la médecine occidentale.


Ce regard ethnocentré n’est pas indigne dès lors qu’il autorise au moins la rencontre avec l’autre sur le plan philosophique , sinon sur le plan thérapeutique. Il sera intéressant de voir ce que les enseignants en acupuncture à l’université pensent aujourd’hui de cette question. Pour cela, nous vous invitons à prendre connaissance de la conférence organisée par la BU Lyon 1 sur la place des médecines alternatives à l’université.

Le patient pris comme critère scientifique ?


Docteur Pierre Trenque
Challes-les-Eaux en Savoie
Imprimerie de Montsouris, 1948.
Lyon 1, BU Santé

Alors que le témoignage des médecins, mêmes de l’antiquité, valait pour vérité pratique et procédure intemporelle, le témoignage des patients a toujours fait figure de crédulité. Ainsi, les thérapies par la nature (eau, lumière...) ont toujours semblé plus miraculeuses que médicales. Il est vrai que le soin venant de la nature et non de la prescription du médecin, ce retour à une médecine hippocratique au détriment d’une médecine
galénique était difficile à admettre pour un grand nombre de médecins. Le témoignage des soignés n’y changeait rien, bien au contraire.

Et même si les médecins intéressés par ces thérapies regorgeaient d’inventivité dont on reconnaissait la valeur technique, la question de la valeur scientifique de la thérapie elle-même restait volontairement en suspens. Dans l’image ci-dessous on peut voir toute une installation technique de soins atmidiatriques (soins par la vapeur).

Toussain Rapou
Essai sur l'atmidiatrique; ou, Médecine par les vapeurs avec des gravures et la description et la description d'un nouvel appareil fumigatoire
Gabon, 1819.
Lyon 1, BU Santé


Si l’engouement des populations pour les bains et autres thérapies naturelles s’est fortement développé avec la bourgeoisie au début du XIXème siècle, la reconnaissance scientifique et universitaire a été un peu plus tardive. C’est le développement des sciences expérimentales qui aura su faire de l’eau une thérapie médicale acceptée.

En effet, la découverte des propriétés de l’eau, des substances minérales qui y sont contenues a joué un rôle dans cette réhabilitation. Dès lors que l’eau, élément naturel, pouvait être prescrite en fonction de sa qualité et de ses quantités de minéraux, alors la médecine prescriptive s’est approprié aussi cette thérapie. Ainsi, chaque station thermale peut présenter son bilan « ferrugineux », sa liste de minéraux et les maladies pour lesquelles elle se présente comme thérapie.

Il aura donc fallut une justification scientifique, pour que les pratiques thermales soient validées et entrent à l’université : ainsi Maurice Villaret (1877-1946), à l’origine de la science hydrologique obtint la première chaire d’hydrologie en 1911 à la Faculté de Médecine de Paris.

Le débat au delà du critère scientifique

Nous avons relevé dans les vitrines précédentes trois cas ayant permis à une nouvelle médecine ou thérapie d'être acceptée par la science universitaire. Nous verrons dans cette vitrine comment l'homéopathie semble ne pouvoir complètement satisfaire aucun des critères scientifiques qui historiquement ont permis l'introduction de thérapies alternatives à l'université.

Le premier cas est celui où une médecine à la fois bénéficie de son statut d'étrangère pour être jugée sur des critères différents, tout en étant facilement acceptée par le lien qui peut être tendu entre cette médecine et la médecine occidentale : c'est le cas de la médecine chinoise. La médecine homéopathique bien que se présentant en même temps comme une nouvelle médecine (face à la médecine allopathique) et comme une médecine hippocratique, en faisant sien le principe de similitude des textes hippocratique, ne relève pas de ce cas. Est-ce le fait qu'il s'agisse non pas d'une médecine étrangère, mais d'une médecine occidentale et qui plus est relativement jeune, puisque son fondateur Samuel Hahnemann en a posé les principes entre la fin du XVIIIème et le début du XIXème siècle ?


Samuel Hahnemann

Exposition de la doctrine médicale homéopathique ou organon de l'art de guérir
J. B. Baillière, 1856.
Lyon 1, BU Santé

Le second cas est celui des thérapies naturelles qui n'ont eu que le soutien des patients pendant de longues années, jusqu'à leur justification scientifique rendue possible par le développement de la science expérimentale. Le résultat sur le patient, nous l'avions vu, ne fait pas office de preuve, puisque le placebo peut aussi bien être source de résultats positifs. On s'attendrait donc que l'homéopathie bénéficie aussi d'une scientificité reconnue avec le développement de plus en plus pointu de l'expérimentation. Or aucune des études scientifiques menées ne suffit à la légitimer ; l'homéopathie manque cruellement de preuves. Les expérimentations possibles à l'heure actuelle ne sont-elles pas encore suffisamment précises, la science n'a-telle pas encore assez progressé, pour justifier et offrir une légitimation à l'homéopathie ?


Bernhard Hirschel, Léon Simon
Guide du médecin homéopathe au lit du malade : pour le traitement de plus de mille maladies et répertoire de thérapeutique homéopathique
Baillière, 1874.
Lyon 1, BU Santé

Le troisième cas était celui du magnétisme qui bénéficiait de l'enthousiasme de scientifiques, qui s'en appropriant lui donnèrent sa valeur scientifique. Étonnamment, l'homéopathie semble avoir toujours été mise au ban de la société médicale et pharmaceutique. Les pharmaciens du XIXème rejetaient ces médecines peu onéreuses contraignant les homéopathes à fabriquer eux-mêmes leurs produit,s ce qui ne pouvait que les rapprocher de l’image du charlatan. À la différence du magnétisme sur lequel un grand nombre de scientifiques déjà reconnus pour d'autres travaux ont participé, l'homéopathie semble plutôt être défendue par des médecins passionnés, qui se consacraient exclusivement à cette médecine. Ainsi ici Sébastien Des Guidi qui a importé l'homéopathie en France. Celui-ci, après avoir découvert cette médecine suite à la maladie de sa femme, passa les 30 dernières années de sa vie à promouvoir et défendre cette médecine contre les oppositions virulentes des écoles de médecine. Il fut le maître notamment de Gallavardin Père. La méfiance envers l'homéopathie tient-elle à l'enthousiasme quelle provoque chez les praticiens plutôt que chez les scientifiques charismatiques ?


L'école médicale lyonnaise : catalogue commenté de la Section régionale du Musée historique de la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lyon
Masson, 1941.
Lyon 1, BU Santé