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vendredi 22 janvier 2010

...à l'anatomie.

La Renaissance a permis le développement de l’anatomie. L’Eglise autorisant les dissections (deux par an et par université) et fermant les yeux sur les autres dissections, les universités ont pu proposer à leurs étudiants d’assister à des dissections. Un pas vers la pratique était franchi. L’apprenti médecin n’apprenait pas la pratique médicale mais tout au moins il apprenait à découvrir le corps autrement que dans le discours.

Imperatoris medici, de humani corpis fabrica libri septem
Lyon 1, BU Santé

L’illustration ci-dessus est le frontispice du superbe livre d’anatomie de Vésale. On y voit très clairement la leçon d’anatomie donnée et la présence du démonstrateur. En effet, la leçon nécessitait un enseignant qui faisait la leçon pendant que le démonstrateur montrait sur le corps les éléments présentés oralement par l’enseignant. Enfin, le préparateur s’occupait de la dissection proprement dite. On remarque dans la salle un auditeur qui tient un livre et semble comparer la description donnée avec la réalité.

Georges de La Faye - Dionis
Cours d'opérations de chrirurgie démontrées au Jardin Royal...
Paris : Veuve d'Houri, 1777.
Lyon 1, BU Santé

L’illustration précédente est un cours non pas d’anatomie mais de chirurgie. Néanmoins le modèle de cours est très approchant. Dans l’amphithéâtre, l’enseignant explique aux étudiants les principes de son art en s’appuyant sur la présence concrète du corps. La constante dans ces leçons est bien entendu la passivité au sens pratique de l’étudiant. Il semble en effet dans ces deux images que le silence ne soit pas la règle d’or de l’enseignement. Il est possible que malgré la nouveauté de l’approche anatomique, les bases de la lectio et de la disputio n’aient pas complètement disparues.

Auguste Corlieu

Centenaire de la Faculté de Médecine de Paris (1794 - 1894)

Paris : Imprimerie nationale, 1896.

BU santé, Lyon 1


Nous nous autorisons un petit saut dans le temps avec cette image qui vient d’un bas relief de l’université de médecine de Paris, lors de sa construction au XIXème siècle. En effet, de même que les formes de l’enseignement, une autre constante est restée : la place des textes antiques, y compris dans la défense même de l’anatomie et de son importance au sein de l’enseignement médical, que l’on voit ici dans cette représentation d’Esculape enseignant l’anatomie.


Intermède : étudier l'anatomie dans les livres 2/3

L'anatomie illustrée, colorée, conservée

Imperatoris medici, de humani corpis fabrica libri septem
Lyon 1, BU Santé

C’est avec
Vésale que le livre illustré d’anatomie
gagne ses lettres de noblesse. La valeur scientifique de ces représentations de corps écorchés, de squelettes y est certes pour beaucoup. La possibilité pour les étudiants de travailler ensuite à partir d’images aura jouée un rôle considérable dans l’histoire de l’enseignement médical et dans la pratique. Mais si, aujourd’hui encore, l’art et la littérature sont marqués par ce livre, c’est aussi par la richesse émotionnelle que contiennent ces gravures. On ne peut se sentir absolument étranger face à cet écorché, à ce mort si vivant les pieds bien sur terre. Les livres d’anatomie actuels ont gommé cette réflexion de la Renaissance sur la mort et la douleur et s’ils dédramatisent la mort, ils véhiculent aussi une image du corps comme objet bien éloigné du souci médical.

Gautier d'Agoty
Exposition anatomique de la structure du corps humain
Association universitaire d'anatomie et d'implantologie, 1999.
Lyon 1, BU Santé


Le travail de D’Agoty a constitué un autre grand pas dans l’histoire de l’illustration anatomique. C’est l’introduction de la couleur, dans des représentations à taille réelle, qui marque tout particulièrement le lecteur-spectateur de son « Exposition anatomique du corps humain ». Là encore, la couleur fut un élément pédagogique important ne serait-ce que par son rôle de facilitateur de la mémoire. Il semble difficile aujourd’hui d’imaginer un livre d’anatomie non coloré, mais rares sont les représentations actuelles qui nous rappellent avec une telle force notre condition de mortel. Sur le plan technique, ce livre fut tiré en impression dite de repérage, le dessin était produit sur trois planches différentes, enduites ensuite d’une des couleurs primaires. La superposition de ces planches au moment de l’impression permettait d’obtenir les couleurs complémentaires.

Crosse de l'aorte
Anatomie réalisée selon la technique d'Honoré Fragonard
Lyon 1, Musée d'anatomie

Myologie et vascularisation de la tête
Anatomie réalisée selon la technique d'Honoré Fragonard
Lyon 1, Musée d'anatomie


Le créateur de cette technique de conservation des cadavres humains à des fins pédagogiques est Honoré Fragonard.
La technique consistait à injecter dans les vaisseaux de la cire après les avoir préalablement drainés, à disséquer la pièce, à la fixer avec le l'alcool, à la sécher, puis à la vernir. Durant sa période d'exercice, il réalise plusieurs milliers de pièces qu'il ambitionne avec le soutien de Vicq D'Azyr de voir réunies au sein d'un cabinet national d'anatomie. Celui-ci ne verra jamais le jour, la plupart des spécimens sont victimes des ravages du temps et celles détenues par le Muséum national d'Histoire Naturelle de Paris sont jetées à la fin du XIXème siècle. De ce fantastique théâtre anatomique où science et recherche artistique se mêlent ne subsistent plus qu'une vingtaine d'œuvres dont le cavalier de l'apocalypse et l'homme à la mandibule conservés à Alfort. Finalement, à des fins pédagogiques se sont plutôt les cires anatomiques qui seront très utilisées.

L'hôpital : solution à l'enseignement de la médecine

Bien qu’il n’y ait pas eu d’université à Lyon avant 1877, la médecine était enseignée dans les écoles relevant des collèges de médecine et de chirurgie. En 1775, le collège de chirurgie obtient le droit de dispenser des cours et d’organiser les modalités d’obtention d’un diplôme de chirurgie non universitaire (après actes probatoires, examen public et soutenance de thèse), comme le montre le certificat ci-dessous.

Jean Rousset
Les thèses médicales soutenues à Lyon au XVIIéme et XVIIIéme siècle, et le Collége Royal de Chirurgie de 1774 à 1792
Lyon : Imprimeries Reunies, 1950.
Lyon 1, BU Santé

Face à ce certificat dans le même livre, on peut lire un texte assez révélateur de la qualité des cours très théoriques et assez élémentaires donnés dans les collèges. Il semble évident que collège ou université, ce qui permettait réellement l’acquisition de l’art médical, relevait plus de la pratique hospitalière que de l’enseignement organisé. C’est pourquoi on ne s’étonnera pas de l’importance prise par les hôpitaux dans la formation des praticiens ni de la délivrance de diplômes par ces établissements.

Jean Lacassagne
Histoire de l'internat des hôpitaux de Lyon 1520-1900
M. Audin, 1930.
Lyon 1, BU Santé

Art et architecture des nouvelles universités médicales

Noé Legrand, Louis Landouzy
Les collections artis
tiques de la Faculté de médecine de Paris
Masson, 1911.
Lyon 1, BU Santé

Le bas-relief ci-dessus illustre cette volonté, des nouvelles universités médicales de la fin du XIXème, de réunir la théorie et la pratique. Ce credo est clamé aussi bien dans l’architecture que dans les œuvres d’art (bas-reliefs, tableaux, fresques…) que l’on peut admirer dans les universités du XIXème.

Charles Dantin
La nouvelle faculté de médecine et de pharmacie de Lyon
Publication du journal le Géni
e civil, 1931.
Lyon 1, BU Santé

La Faculté de Médecine
Photothèque de l'Université Lyon 1

Ces deux images montrent la faculté de
médecine et de pharmacie de Lyon lors de sa construction au début du XXème siècle. Elles sont assez révélatrices de la prise en compte par l’architecture des principes des nouvelles universités. On notera surtout à gauche de la première photographie la présence de l’hôpital Edouard Herriot, construit en vis-à-vis de l’université et dans un souci architectural d’harmonie, ce qui correspond à l’implication des hôpitaux dans la formation du jeune médecin. Sur la seconde photographie, on remarque devant la faculté la construction du jardin botanique des futurs pharmaciens.

Salle de TP
Photothèque de l'Université Lyon 1

De même, les nouvelle universités se voyaient bien pourvues en salle de TP et salles de dissections avec des tables pour petits groupes de travail, mais aussi en bibliothèques conséquentes, signes très clairs d’une prise en compte des besoins matériels que requiert un enseignement pratique et théorique.

La Bibliothèque
Photothèque de l'Université Lyon 1

Le débat au delà du critère scientifique

Nous avons relevé dans les vitrines précédentes trois cas ayant permis à une nouvelle médecine ou thérapie d'être acceptée par la science universitaire. Nous verrons dans cette vitrine comment l'homéopathie semble ne pouvoir complètement satisfaire aucun des critères scientifiques qui historiquement ont permis l'introduction de thérapies alternatives à l'université.

Le premier cas est celui où une médecine à la fois bénéficie de son statut d'étrangère pour être jugée sur des critères différents, tout en étant facilement acceptée par le lien qui peut être tendu entre cette médecine et la médecine occidentale : c'est le cas de la médecine chinoise. La médecine homéopathique bien que se présentant en même temps comme une nouvelle médecine (face à la médecine allopathique) et comme une médecine hippocratique, en faisant sien le principe de similitude des textes hippocratique, ne relève pas de ce cas. Est-ce le fait qu'il s'agisse non pas d'une médecine étrangère, mais d'une médecine occidentale et qui plus est relativement jeune, puisque son fondateur Samuel Hahnemann en a posé les principes entre la fin du XVIIIème et le début du XIXème siècle ?


Samuel Hahnemann

Exposition de la doctrine médicale homéopathique ou organon de l'art de guérir
J. B. Baillière, 1856.
Lyon 1, BU Santé

Le second cas est celui des thérapies naturelles qui n'ont eu que le soutien des patients pendant de longues années, jusqu'à leur justification scientifique rendue possible par le développement de la science expérimentale. Le résultat sur le patient, nous l'avions vu, ne fait pas office de preuve, puisque le placebo peut aussi bien être source de résultats positifs. On s'attendrait donc que l'homéopathie bénéficie aussi d'une scientificité reconnue avec le développement de plus en plus pointu de l'expérimentation. Or aucune des études scientifiques menées ne suffit à la légitimer ; l'homéopathie manque cruellement de preuves. Les expérimentations possibles à l'heure actuelle ne sont-elles pas encore suffisamment précises, la science n'a-telle pas encore assez progressé, pour justifier et offrir une légitimation à l'homéopathie ?


Bernhard Hirschel, Léon Simon
Guide du médecin homéopathe au lit du malade : pour le traitement de plus de mille maladies et répertoire de thérapeutique homéopathique
Baillière, 1874.
Lyon 1, BU Santé

Le troisième cas était celui du magnétisme qui bénéficiait de l'enthousiasme de scientifiques, qui s'en appropriant lui donnèrent sa valeur scientifique. Étonnamment, l'homéopathie semble avoir toujours été mise au ban de la société médicale et pharmaceutique. Les pharmaciens du XIXème rejetaient ces médecines peu onéreuses contraignant les homéopathes à fabriquer eux-mêmes leurs produit,s ce qui ne pouvait que les rapprocher de l’image du charlatan. À la différence du magnétisme sur lequel un grand nombre de scientifiques déjà reconnus pour d'autres travaux ont participé, l'homéopathie semble plutôt être défendue par des médecins passionnés, qui se consacraient exclusivement à cette médecine. Ainsi ici Sébastien Des Guidi qui a importé l'homéopathie en France. Celui-ci, après avoir découvert cette médecine suite à la maladie de sa femme, passa les 30 dernières années de sa vie à promouvoir et défendre cette médecine contre les oppositions virulentes des écoles de médecine. Il fut le maître notamment de Gallavardin Père. La méfiance envers l'homéopathie tient-elle à l'enthousiasme quelle provoque chez les praticiens plutôt que chez les scientifiques charismatiques ?


L'école médicale lyonnaise : catalogue commenté de la Section régionale du Musée historique de la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Lyon
Masson, 1941.
Lyon 1, BU Santé